Travailler sur la photographie d’architecture

La photographie d’architecture : une photographie de l’architecture ou une photographie qui s’appuie sur l’architecture pour faire autre chose ?

La réponse est évidemment dans un entre deux mais ce qui est certain, c’est que celui qui veut avoir un regard d’auteur doit imposer sont point de vue et son style, sans que ceux-ci soient uniquement tributaire dus sujet photographier : autrement-dit, ne pas se contenter d’être dans une photographie témoignage où la photographie n’est là que pour faire état du travail artistique qu’est (aussi) celui de l’architecte.

L’approche de l’architecture par Lucien Hervé est évidemment très intéressante de ce point de vue :

  • d’abord parce qu’il est convenu de le considérer comme le photographe de Le Corbusier (architecte qui a marqué de ses réflexions et de ses réflexion l’histoire de l’architecture)
  • ensuite parce qu’il a réussi à imposer son regard bien particulier sur cette architecture.

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Dans une interview très connue, vous dites aussi: «Je suis devenu photographe avec une paire de ciseaux…» Pouvez-vous m’en dire plus à propos de cette réplique célèbre?
Lucien Hervé. C’était à l’occasion de ma première rencontre avec Le Corbusier à propos de laquelle vous me questionniez plus tôt. Quand un jour Le Corbusier me reçut dans son bureau, nous discutâmes un long moment; je me souviens qu’il me posa de nombreuses questions. Entre nous, tout s’est bien passé, dès le début. Il m’avait donné rendez-vous à 9 heures, et à 9 heures précises, j’étais là. Il commença en me disant: «J’aime les gens ponctuels». En fin de matinée, je lui avais déjà fait part de ma passion pour la peinture; j’avais en effet commencé à peindre pendant ma captivité. Nous étions encore en train de parler quand nous nous sommes rendu compte que le temps avait passé, et il m’invita à déjeuner. Au cours de ce déjeuner, il me demanda: «Mais comment êtes-vous devenu photographe?» Il pensait que j’étais peintre. «Avec une paire de ciseaux!» me sembla alors être la réponse la plus pertinente.

Dans votre réponse, faisiez-vous référence à la pratique du collage que vous avez développée par la suite ?
Lucien Hervé. Non, je ne pensais pas au collage, une pratique que j’aime, mais qui n’avait rien à voir dans ce cas; je pensais plutôt à une liberté et à une rigueur scrupuleuse dans la construction qui devaient être présentes dans chacune de mes images. Voyez-vous, c’est qu’à la différence de nombreux photographes d’alors, je n’avais aucun respect pour la pellicule en soi. Pour la plupart, la pellicule est quasiment sacrée, le cliché qui reste imprimé est définitif. Je pensais au contraire, et pas seulement parce que j’étais un jeune photographe, qu’il fallait être libre en chaque chose, qu’il s’agisse d’un tableau, d’un dessin, d’un collage ou d’une photographie. Vous voyez, ce collage par exemple, qui se trouve là derrière vous, et qui est une œuvre bien plus tardive, n’est pas si simple du point de vue de l’organisation de l’image: un discours d’une certaine complexité lui sert de toile de fond. Dans mes photographies, cette façon de procéder est toujours présente. D’un premier élan, il y a ce que j’appelle «prise de vue », et de ce point de départ, et justement à coup de ciseaux, il faut faire en sorte que l’essentiel survienne, en découpant et en recadrant franchement le tirage. Les choses essentielles doivent se libérer: elles deviennent alors aussi calculées qu’un Mondrian. Dans une image, les rapports des formes et des tons constituent une composition. Chaque image doit parvenir, par l’intervention sur les tirages avec ou sans les ciseaux, à quelque chose de construit, et j’ajouterais aussi à une certaine pureté. Je me sers des ciseaux simplement parce qu’ils aident à atteindre ce résultat.

Extrait de Hans Ulrich Obrist, Conversation avec Lucien Hervé.
© Manuella Editions, octobre 2011 pour la traduction française.

 

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